La neuvième édition du séminaire de l’Ecole du Louvre propose d’observer les échanges et les mutations disciplinaires dans les musées d’ethnographie, d’histoire, d’archéologie, des beaux-arts et des arts appliqués. Il s’agit de questionner le retour à l’objet et son « agentivité » dans le cadre muséal ; de considérer à travers lui l’investissement des questions de société à l’ère de l’anthropocène et de la culture numérique ; peut-être enfin de sonder si la confusion des genres qu’il insinue, marque l’entrée du musée dans l’ère posthumaniste, voire transhumaniste. Le musée des beaux-arts et avec lui l’histoire de l’art apparait comme caractéristique de ces mutations. Les interactions critiques (et désormais classiques) entre anthropologie et histoire de l’art, ethnographie et esthétique sont désormais réévaluées au prisme de la culture matérielle . La formule, qui met au centre de l’étude les objets et leur matérialité, autorise à mêler tous les artefacts au service d’un discours qui cherche moins à magnifier un chef-d’œuvre qu’à faire communiquer des objets. En ce sens, les redéfinitions des accrochages permanents au sein des musées des beaux-arts sont emblématiques. En disposant désormais au cœur de leur dispositif des muséalies qui relèvent des « arts mineurs », ceux-là bouleversent de facto la hiérarchie des arts si vivace – tant au musée qu’au sein de l’académie. Davantage encore, si l’histoire de l’art tend enfin à réinvestir le champ de la culture matérielle, elle s’ouvre surtout aux autres disciplines qui s’y sont ancrées, telle l’archéologie. Dès lors, en observant comment histoire de l’art, ethnologie, archéologie, histoire, ou encore biologie et géographie (la liste n’est pas exhaustive) concilient leur approche de l’objet, il est permis de se demander si l’ère des musées invitant au voyage dans le temps et dans l’espace n’est pas déjà supplantée par des musées qui placent désormais au centre du débat l’homme et son environnement. En mêlant les objets et en redonnant une place au public – citoyen davantage que visiteur ou touriste – le musée ne serait-il pas en train de marier le cabinet de curiosités et la Nouvelle muséologie pour se réinventer en un nouveau forum, en un espace de liberté et de débat au détriment des particularismes disciplinaires ? Ou, pour reprendre les termes de Serge Chaumier, ne serait-on pas en présence d’une « volonté à engendrer de nouveaux mondes. Une approche qui plutôt que de glorifier la ruine et le passé, les aspects mortifères de la préservation et de l’immobilisme, s’enthousiasment des forces vitales de régénérescence en puisant dans les legs pour inventer l’avenir. »


 

 

 



Université de Neuchâtel

Institut d'histoire de l'art et de muséologie

 

Coordination

Diane Antille

Prof. Pierre Alain Mariaux